Lou et la nuit noire

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Lou était la plus petite capitaine de toutes les mers. Son bateau s'appelait le Biscuit, parce qu'il était rond, doré, et qu'il craquait un peu quand les vagues le secouaient. Lou n'avait peur de rien. Ni des tempêtes, ni des requins, ni même du grand poulpe qui vivait sous les rochers de l'île aux Coquillages.

Enfin… presque rien.

Car Lou avait un secret, un tout petit secret qu'elle gardait au fond de sa poche comme un caillou : Lou avait peur du noir.

Le jour, elle était la plus brave. Mais le soir, quand le soleil plongeait dans la mer et que le ciel devenait sombre comme de l'encre, son cœur faisait boum, boum, boum, plus fort que le tambour de l'équipage.

Un soir, justement, il n'y avait pas une seule étoile. Pas une. Le ciel était noir, la mer était noire, et même la lune avait l'air de s'être cachée sous une couverture.

« Capitaine, dit Robinson le perroquet en se posant sur son épaule, la lanterne s'est éteinte. »

Lou avala sa salive.

« La… la lanterne ? Toute seule ?
– Toute seule. Et je ne retrouve plus les allumettes. »

Voilà. C'était exactement la chose que Lou n'aimait pas. Le bateau tout entier était plongé dans le noir, et il fallait aller chercher une nouvelle lanterne… tout en bas, dans la cale, là où l'on ne voyait absolument rien.

« On attend demain matin ? proposa le perroquet, qui n'était pas très courageux non plus.
– Non, dit Lou. Si on attend, le Biscuit va dériver droit sur les rochers. »

Elle se leva. Ses jambes tremblaient un peu, mais elle ne le dit à personne. Un capitaine, ça ne dit pas toujours tout.

Lou ouvrit la trappe de la cale. En dessous, c'était noir, noir, noir.

« Robinson, murmura-t-elle, tu viens avec moi ?
– Je… je garde le pont ! répondit le perroquet en filant se cacher derrière le mât. »

Alors Lou descendit toute seule.

La première marche craqua. La deuxième aussi. Au début, Lou ferma les yeux, ce qui ne servait à rien du tout, puisque les yeux fermés ou ouverts, c'était pareil dans le noir. Alors elle les rouvrit, et elle attendit.

Et là, quelque chose d'étrange arriva.

Petit à petit, ses yeux s'habituèrent. Le noir n'était plus tout à fait noir. Elle commençait à voir la forme des tonneaux, le contour des cordages, le reflet brillant d'un vieux coffre dans un coin. Le noir était plein de choses, en fait. Il fallait juste lui laisser le temps.

« Tiens, dit Lou tout bas. C'est moins effrayant quand on regarde vraiment. »

Elle avança une main, puis l'autre. Elle reconnaissait tout au toucher : le bois rugueux, la corde qui piquait, le métal froid du coffre. Et au-dessus du coffre, accrochée à un clou, il y avait… la lanterne de secours.

Lou la décrocha, remonta l'escalier deux marches à la fois, et déboucha sur le pont, la lanterne serrée contre elle comme un trésor.

« Robinson ! J'ai réussi ! »

Le perroquet sortit la tête de derrière le mât.

« Tu… tu as traversé le noir toute seule ?
– Toute seule. Et tu sais quoi ? Le noir, ce n'est pas un monstre. C'est juste un endroit où on n'a pas encore regardé. »

Ils allumèrent la lanterne. Sa petite flamme dansait, et autour d'elle, le bateau redevint doux et familier. Lou tourna la barre juste à temps, et le Biscuit évita les rochers en faisant un grand virage tout content.

Cette nuit-là, Lou ne rangea pas son caillou de peur au fond de sa poche. Elle le posa sur le rebord, regarda la mer sombre, et sourit.

« Bonne nuit, le noir, dit-elle. À demain. »

Et pour la première fois, elle dormit sans veilleuse. (Mais elle garda quand même la lanterne tout près. Au cas où le noir aurait envie de discuter.)

Le coin des parents

Cette histoire parle d'une peur que presque tous les enfants connaissent : celle du noir. Lou ne devient pas courageuse parce qu'elle n'a plus peur, mais parce qu'elle avance malgré la peur. Pour prolonger le moment, vous pouvez demander à votre enfant : « Et toi, c'est quoi ton caillou de peur ? » Mettre des mots dessus, c'est déjà l'apprivoiser un peu.

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